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La Cité du mâle: une contre-enquête pour dénoncer les dérives des médias
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Après la polémique suscitée par la diffusion du documentaire très controversé "La Cité du mâle", un jeune réalisateur, Ladji Real, a tourné une contre-enquête. Hier, une rencontre était organisée entre des habitants de la Cité Balzac et le cinéaste.
Des filles malmenées, opprimées, parfois cloitrées chez elles ou obligées de se comporter comme des mecs pour être respectées. C'est ce que découvraient les téléspectateurs d'Arte, le 29 septembre dernier, dans le documentaire de Cathy Sanchez, La Cité du mâle (déprogrammé une première fois puis diffusé quelques semaines plus tard).

Ce film traite des violences faites aux femmes dans la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), où est morte en 2002 Sohane Benziane, 17 ans, brûlée vive.

Mais à en croire les protagonistes et la journaliste Nabila Laib, présentée comme une "fixeuse" par la production, les images présentées dans le documentaire seraient bien éloignées de la réalité. Les insultes et les paroles particulièrement dures auraient été influencées par la réalisatrice et soigneusement sélectionnées.

"Une totale opposition avec l'éthique du documentaire"

Ladji Real, réalisateur de documentaires et de courts métrages, a mené une contre-enquête, actuellement en cours de finalisation.
Après le visionnage de La Cité du mâle, le cinéaste de 29 ans, choqué par la violence de phrases "prononcés avec autant de décontraction", décide de se rendre sur les lieux du tournage.

"Là-bas, les gens parlaient de manipulation, de question rajoutées au montage, de toute une mise en scène, en totale opposition avec l'éthique du documentaire", raconte le réalisateur.

Sa démarche est soutenue par l'Addoc (Association des cinéastes documentaristes), qui dénonce "une dérive exemplaire de la télévision publique" et organisait mercredi une projection d'extrait du documentaire de Ladji Real à la Maison des associations du IIIe arrondissement, à Paris, en présence du cinéaste et d'habitants de la cité Balzac.

"Ca fait longtemps qu'on dénonce la dérive de certains médias, à un moment, il faut la prouver et la mettre en image (...). Le thème de mon film c'est la fabrication d'un documentaire", explique Ladji Real.

Sur le terrain, il rencontre une difficulté majeure : suite au précédent reportage, les habitants de la cité Balzac et les autres protagonistes se méfient des caméras. Ils ont tous subi des répercussions après la diffusion de La Cité du mâle, comme le montrent les extraits de la contre-enquête. "Quand on me voit dans la rue, on me pose la question : quel genre de mère vous êtes ?", témoigne une femme que l'on voyait, dans le documentaire de Cathy Sanchez, s'esclaffer aux horreurs prononcées par son fils (voir la vidéo). Elle soutient pourtant qu'elle ne riait pas à cette phrase, mais à un tout autre moment.
Deux jeunes filles affirment aussi avoir été instrumentalisées par la réalisatrice. Dans La Cité du mâle, elles parlent des "filles faciles" : "Dans une cave, on sait pertinemment qu'il y a des trucs et c'est à éviter." Des propos accolés à un commentaire évoquant l'histoire de Sohanne. Mais elles sont catégoriques : Cathy Sanchez n'a jamais abordé cette affaire.

Aujourd'hui, les deux amies se sont justifiées auprès de la famille et craignent d'anciens proches de Sohanne "qui veulent les retrouver pour leur demander des comptes", dixit Ladji Real.

Approximations en série

Assia, étudiante d'une vingtaine d'années, habite dans la cité Balzac depuis toujours. Marinière près du corps, jean ajusté et coiffure soignée, elle ne correspond pas vraiment aux stéréotypes dépeints dans La Cité du mâle. La jeune fille est venue à la conférence de presse pour témoigner et rapporter les nombreuses erreurs contenues dans le documentaire. Par exemple, une des premières scènes montre une tour détruite, présentée comme celle où habitait Sohanne. En réalité, elle ne résidait pas dans ce bâtiment, mais dans celui d'à côté, qui est intact.

Autre approximation : aucun des personnages apparaissant dans le film n'habite le quartier.

"Le lendemain de la diffusion, j'en ai parlé avec mes copines et on s'est dit : mais ils ne parlaient pas de nous !", explique Assia. "Ce documentaire n'est pas du tout révélateur de la relation garçons-filles à Balzac."

Didi N'Diaye, rappeur et directeur d'un centre de quartier à Vitry, a participé au tournage de La Cité du mâle. Pourtant, il n'apparaît pas à l'écran.

"Je pense qu'elle [Cathy Sanchez] voulait du sensationnel (...). Elle nous a entre guillemets boycottés car on n'avait pas le discours qu'elle attendait", rapporte le jeune homme.
En soutenant ce documentaire, l'Addoc espère alerter et appelle à "un retour à une certaine éthique". "On atteint un stade élevé de mensonge et de manipulation des images", regrette le réalisateur Daniel Kupferstein.

La contre-enquête de Ladji Real devrait être terminée début janvier. Il ne lui reste plus qu'à trouver un diffuseur.

Emilie Guédé
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Posté par nizam le 16/12/2010 à 13:47:48 (id:145996)
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