Social-Infos
Les chômeurs convoqués au travail obligatoire (GB)
http://www.courrierinternational.com/article/2010/11/19/les-chomeurs-convoques-au-travail-obligatoire

Le gouvernement britannique veut mettre fin à la “culture de l'assistanat”. Une réforme du système de protection sociale est en cours, qui prévoit notamment d'obliger les chômeurs à travailler bénévolement, explique The Observer.

19.11.2010 | Toby Helm, Anushka Asthana | The Observer

Dans le cadre d'un projet qui suscite la controverse, les chômeurs britanniques seront bientôt contraints de travailler au profit de la collectivité s'ils ne veulent pas perdre leurs allocations. Cette proposition est inscrite dans le Livre blanc sur la réforme du système de protection sociale publié début novembre. Elle fait partie d'un plan de rigueur destiné à réduire la facture annuelle des allocations – 190 milliards de livres [225 milliards d'euros] – et à “casser le cycle de la dépendance”, selon la formule du gouvernement britannique de coalition.

Le ministre du Travail et des Retraites (DWP), Iain Duncan Smith, veut passer un nouveau “contrat” avec les quelque 1,4 million de chômeurs longue durée du pays. Pour que le travail demeure plus payant que les allocations, le gouvernement proposera aux demandeurs d'emploi un “crédit universel” qui remplacera les allocations existantes . Quand les conseillers jugeront qu'un chômeur aurait intérêt à retrouver la routine de la vie active, celui-ci devra effectuer 30 heures de travail bénévole par semaine, et ce pendant quatre semaines. Si le demandeur d'emploi refuse de se conformer à cette règle, il pourra perdre son allocation pendant au moins trois mois.

Le ministère du Travail et des Retraites envisage de faire appel à des prestataires privés pour organiser le placement des chômeurs dans des associations caritatives, des organisations de bénévolat et des entreprises. “Nous savons que des chômeurs ont besoin d'un effort supplémentaire pour se préparer à réintégrer le monde du travail. Il s'agit qu"ils retrouvent une routine qui les rendra bien plus intéressants aux yeux d'un employeur cherchant à pourvoir un poste, et aussi plus sûrs d'eux-mêmes. Le but est de casser le cycle de la dépendance”, explique une source proche du ministère.

Des sanctions – y compris la suppression des allocations – existent déjà pour les chômeurs qui refusent de suivre des stages de formation ou de se présenter à des entretiens d'embauche, mais elles sont rarement appliquées.

A propos d'Anne Begg sur son site webLe nouveau dispositif s'inspire des initiatives prises par les autorités américaines pour tenter de faire évoluer les comportements vis-à-vis de l'aide sociale et d'amener les gens à ne plus considérer celle-ci comme une option à vie. Aux Etats-Unis, le système prévoit d'interrompre le versement des allocations au bout d'un certain temps. A Londres, la réforme du système de protection sociale entend responsabiliser les chômeurs pour leur donner “l'habitude de travailler”. Anne Begg, députée travailliste et présidente de la commission parlementaire d'enquête pour le travail et les retraites à la Chambre des communes, observe pourtant que beaucoup de chômeurs ont déjà une expérience professionnelle et que les contraindre à assurer une activité bénévole leur enlèvera autant de temps pour rechercher un emploi. “Le vrai problème, c'est de trouver un emploi”, insiste-t-elle.

Cette mesure tombe alors qu'un certain nombre de ministères s'apprêtent à dévoiler de nouvelles politiques. Ainsi le ministère de la Justice va-t-il annoncer que des milliers de criminels atteints de graves maladies mentales ou de toxicomanie ne seront plus envoyés en prison mais qu'on leur proposera un traitement “volontaire” en milieu hospitalier. Ils auront en outre la liberté de quitter l'hôpital, car les autorités jugent qu'il ne servirait à rien d'y reproduire les conditions du milieu carcéral. “Avec un traitement volontaire, estiment-elles, les criminels seront plus motivés pour changer et pour respecter les règles de la collectivité.”

Globalement, observe un député travailliste qui approuve certains aspects de la pensée de la coalition gouvernementale, “c'est la notion de responsabilité individuelle qui est en train d'être repensée”.
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Posté le 21/12/2010 à 11:58:35 (id:146012)
HEC, école de l'acquiescement au libéralisme
http://www.liberation.fr/societe/01012305826-hec-ecole-de-l-acquiescement-au-liberalisme

Depuis le début de la crise économique mondiale, la formation dispensée par les grandes écoles de commerce est fortement critiquée (1). Or, ce débat n'a pas encore assez pris en compte les mécanismes par lesquels ces institutions influencent et conditionnent leurs étudiants.

La vision du monde véhiculée par une école telle HEC a été marquée par le triomphe de l'orthodoxie libérale dans les années 70-80. Les idées de ce mouvement ont été utilisées comme une justification commode de l'égoïsme, de l'irresponsabilité et des inégalités croissantes, et les parcours des diplômés s'en trouvent fortement marqués : recherchant prestige et salaires élevés, ils ont investi en grand nombre les métiers de la finance et du conseil, sans questionner leur sens social. Dans des activités plus utiles aussi, leur obsession du seul profit s'est avérée désastreuse. Il faut alors se demander pourquoi de si nombreux étudiants ont accepté, apparemment sans critiques, cet ensemble de valeurs et continuent de le mettre en œuvre.

Ces étudiants ne sont pas tous cyniques ou indifférents. Au contraire, c'est leur formation qui arrive à susciter leur adhésion progressive. HEC réussit cela par trois mécanismes intimement liés : l'incitation à l'acceptation passive et à la paresse intellectuelle, la création d'échappatoires et la promotion de l'esprit de corps.

L'acceptation passive est d'abord promue par le contenu des cours. Pendant la plus grande part de la scolarité, ils sont sans intérêt et peuvent être validés avec un effort minimal : les travaux faits à la va-vite et les présentations PowerPoint remplies de lieux communs sont la règle, alors que les connaissances acquises en classes préparatoires sont rapidement liquidées. Or, par le fait même qu'ils considèrent que les cours sont bidons, les étudiants ne sont jamais amenés à en questionner l'idéologie sous-jacente : dans la paresse intellectuelle environnante, il est beaucoup plus facile de l'accepter, faire le peu de travail demandé et passer à autre chose. Ainsi, sans avoir l'impression d'y mettre beaucoup d'eux-mêmes ou d'y croire, les étudiants réalisent des travaux orientés par un libéralisme vulgarisé, intègrent en passant ses quelques maximes essentielles et, souvent, anticipent ainsi leurs premières expériences professionnelles.

L'accommodation à ce système est facilitée par l'abondance de distractions : les activités et soirées organisées par le bureau des élèves font oublier les enseignements soporifiques, rendent la vie à HEC sympathique et diminuent l'incitation à la remettre en question. S'y ajoute un effet de groupe : la référence quotidienne est un campus isolé d'individus similaires, brouillant les repères. Etant rarement confrontés aux conséquences de leurs actions, beaucoup d'étudiants ne doutent donc pas (alors même qu'ils n'apprennent rien) de leur légitimité à diriger et parfois licencier des dizaines d'employés dans le futur, pour la bonne raison qu'à 20 ans, ils ont réussi un concours. Enfin, ce groupe oriente les choix professionnels : pour briller devant les autres, il faut décrocher un premier salaire supérieur à la moyenne de la promotion (statistiques publiées tous les ans).

Au début de leur scolarité, une grande partie des étudiants n'est pas forcément volontaire pour intégrer ce microcosme : elle l'aborde au contraire avec un certain malaise. Or, les échappatoires proposées font taire ces critiques potentielles. Les amitiés et les activités associatives sur le campus amènent à valoriser la vie à l'école et rendent ainsi cette dernière tolérable. Ensuite, la minorité qui demeure récalcitrante peut suivre des spécialisations en management alternatif ou s'engager dans des associations humanitaires : ces parcours atypiques ne perturbent pas le fonctionnement de l'école. En revanche, en communicant fortement sur ces exceptions, HEC réussit à passer sous silence la réalité de la majorité de ses formations.

Enfin, pour les anciens étudiants, l'influence de l'école passe par un esprit de corps entretenu par différents réseaux. Cet esprit repose, comme dans d'autres écoles, sur le mythe d'une identité propre de l'établissement (déjà dénoncé en 1931 par Paul Nizan à propos de l'ENS), mais à HEC, la cohésion du groupe est aussi essentielle pour le succès sur le marché du travail. En effet, les étudiants y adhèrent d'autant plus facilement qu'ils savent que leur carrière dépendra souvent des réseaux formés pendant la scolarité ou de l'annuaire des anciens.

Ainsi, HEC affiche un bilan désastreux. L'école encourage l'acceptation passive d'un système fondé sur l'argent, l'irresponsabilité et l'égoïsme. Elle enferme les futurs décideurs dans un environnement artificiel, menant à des comportements absurdes. Enfin, elle verrouille la place de ses diplômés dans la hiérarchie sociale, assurant ainsi un impact maximal à la philosophie douteuse qu'elle transmet.

Aujourd'hui, cette même idéologie a manifestement échoué. Une réforme fondamentale s'impose donc, comportant la suppression d'HEC et des écoles de commerce du même type, pour organiser les études de gestion différemment. Leur réintégration dans le système des universités éliminerait déjà un certain nombre des défauts actuels. Le management pourrait être enseigné à la fin d'un cursus économique et social plus général, dans un environnement ouvert, avec des promotions plus grandes, des professeurs d'horizons divers et une moins grande influence des entreprises sur le contenu des cours. Les étudiants seraient incités à réfléchir et à rencontrer des perspectives différentes des leurs, et l'émergence de réseaux d'élite serait rendue plus difficile. Une telle réforme ne constituerait évidemment pas un remède universel contre les injustices du capitalisme. Cependant, elle serait un symbole important pour rompre avec l'idéologie du passé et améliorer concrètement la formation d'un grand nombre de jeunes dirigeants.

( Voir, par exemple, le livre de Florence Noiville, «J'ai fait HEC et je m'en excuse», Stock.)

Par TOM SCHMITZ Diplômé d'HEC en 2010
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Posté le 08/12/2010 à 11:29:52 (id:145964)
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